



La neige est leur métier
Panorama magnifique, pentes enneigées à perte de vue, ciel d’un bleu intense. Le Bonheur. Difficile alors, d’imaginer le prodigieux maillage qui étend sa trame invisible dans tout le paysage, là, juste sous vos spatules. Des kilomètres de canalisations et de câbles forment un incroyable réseau sous-terrain, qui permet d’assurer le bon fonctionnement de la station. Une bonne partie de cet équipement pharaonique mais discret sert à l’enneigement des pistes. Jour et nuit, dès le début novembre, 3 hommes veillent à l’enneigement sur la totalité du domaine des Menuires et de Saint Martin.
Prenez 2/3 d’eau puisée dans le lac des Eschaux, ajoutez-y 1/3 d’eau du robinet, propulsez le mélange obtenu dans des dizaines de kilomètres de tuyaux, mélangez à de l’air, projetez le tout puissamment, à l’aide d’un canon. Vous obtenez un savoureux cocktail à déguster sans modération. Si la recette paraît simple, il n’en est pourtant pas de même quant à sa mise en oeuvre.
Écoutons Yves Bonnefoy, responsable de l’enneigement artificiel : «52 sondes météo, disposées sur les pistes, nous renseignent sur les conditions de températures, de vents et d’hygrométrie. Les conducteurs de chenillettes nous informent sur l’état des pistes, l’épaisseur du manteau de neige, la qualité de celle-ci. Toutes ces données sont entrées sur le disque dur d’un ordinateur qui va lui-même piloter les canons à neige. Par le biais de câbles téléphoniques, il commande les interventions sur tels ou tels segments des pistes». Une sinécure, se dit-on, il suffit de laisser les différents appareils se débrouiller entre eux et de jeter un oeil de temps en temps en buvant un bon chocolat chaud... Pas tout à fait. Forçats de la neige «Les données changent constamment ». Poursuit Yves Bonnefoy. «Avant le début de saison, on nous demande une neige plutôt lourde et humide pour uniformiser le sol. Plus tard, à l’arrivée des premiers skieurs, il faut produire une neige plus légère, proche de la poudreuse. Les pistes sont fin prêtes avant la tombée du premier flocon. Nous savons fabriquer les neiges les plus diverses, à l’aide de petites recettes gardées jalousement secrètes. Les équipements, quant à eux, subissent les conséquences d’une utilisation faite dans des conditions souvent extrêmes. On détecte constamment des dégradations sur des matériels qu’il faut réparer ou changer. Pour cela il faut aller sur place et il arrive, dans ce cas, que la pente soit trop forte pour être accessible en motoneige. C’est alors à dos d’homme que se fait le transport de pièces pouvant peser plus de 20 kg. La dénivelée pouvant atteindre 500 mètres, avec sous les pieds, une neige profonde qui se tasse à chaque pas, on imagine sans peine que l’effort doit être soutenu. Ce n’est pas l’ordinateur qui va nous faire les réparations». Tient à préciser Yves Bonnefoy. «Il m’est arrivé de devoir creuser une véritable tranchée. J’ai dû d’abord dégager un couloir dans la neige, pour atteindre la couche de glace. Celle-ci enfin éclatée, j’ai dû attaquer le sol gelé, tout ça pour changer un bout de tuyau. Heureusement, cela s’est produit en pleine nuit, en journée, les touristes m’auraient pris pour un fou en me voyant m’acharner sur la neige avec ma hache et ma tronçonneuse».










